Nous apprenons avec une profonde tristesse la disparition de Philippe Samyn.
Architecte, ingénieur, urbaniste, chercheur, bâtisseur infatigable, Philippe Samyn aura profondément marqué l’architecture belge contemporaine. Son œuvre ne peut se réduire à une écriture formelle, ni à une succession de bâtiments remarquables. Elle s’inscrit dans une pensée complète de la construction : comprendre la matière, interroger la structure, mesurer l’énergie, chercher l’efficience, faire dialoguer la rigueur de l’ingénieur avec l’intuition de l’architecte.
Pour Archi Urbain, Philippe Samyn occupe une place particulière. Il est quelque part dans les origines mêmes de l’émission.
Avant même sa naissance, alors que j’en posais les prémices, il fut l’un des tout premiers architectes — si pas le premier — que j’ai contacté. Je réalisais alors un reportage sur l’histoire du Centre International Rogier, qu’il était en train de transformer en Belfius Tower. Des années plus tard, avec cette honnêteté intellectuelle qui le caractérisait, il m’avouera qu’il ne ferait sans doute plus la même tour aujourd’hui, si c’était à refaire.
Cette capacité à regarder son propre travail avec recul, exigence et lucidité disait beaucoup de l’homme. Philippe Samyn n’était pas seulement un architecte qui construisait. Il questionnait, cherchait, doutait, transmettait. Il avançait avec une pensée en mouvement permanent.
Durant la première saison d’Archi Urbain, il est apparu pour parler de la station Erasme. Je l’ai ensuite suivi dans les Marolles, à Bruxelles, pour évoquer l’évolution des travaux de rénovation des logements sociaux Les Minimes, avant d’aller visiter avec lui une crèche construite non loin de là. Plus tard, je le retrouverai encore autour du bâtiment Europa, siège principal du Conseil européen et du Conseil de l’Union européenne, où il m’avait présenté l’artiste Georges Meurant.
Mais mon plus beau souvenir reste sans doute cette journée passée en Wallonie à filmer plusieurs de ses projets.
Nous avions commencé à Louvain-la-Neuve, avec quatre réalisations : le Centre de Recherche Chimique Shell, le nouveau siège social d’AGC Glass Europe, l’Aula Magna et six maisons rue de Hocailles. La visite s’était poursuivie au Comptoir forestier, à l’aire d’autoroute de Wanlin, à l’Euro Space Center de Libin-Transinne, puis à l’école primaire d’Athus, réalisée trente ans plus tôt.
C’est là que demeure, pour moi, l’image la plus forte.
Un professeur, qui aimait profondément cette école, avait réservé une surprise à Philippe. Tous les enfants s’étaient réunis pour poser avec lui sur une photo souvenir. Il y avait dans ce moment quelque chose de simple, de joyeux, de profondément humain. Une reconnaissance silencieuse, presque évidente, entre un architecte, un lieu et celles et ceux qui l’habitent au quotidien.
Je crois que cette image est restée gravée dans sa mémoire. Elle restera à jamais dans la mienne.

Chez Philippe Samyn, la technique n’était jamais froide. Elle devenait poésie constructive. Une poutre, une façade, une géométrie, un assemblage racontaient toujours quelque chose de plus vaste : une manière d’habiter le monde avec précision, intelligence et responsabilité.
Il faisait partie de ces rares figures capables de tenir ensemble la science et l’imaginaire, le calcul et le dessin, la raison et l’émotion. Son architecture cherchait moins l’effet que la justesse. Moins le geste spectaculaire que l’adéquation profonde entre un lieu, une fonction, une matière et une pensée.
Sa disparition laisse un vide immense dans le paysage architectural belge. Mais son héritage demeure : dans ses bâtiments, dans ses écrits, dans ses recherches, dans les générations d’architectes et d’ingénieurs qu’il aura inspirées — et aussi, pour nous, dans les images, les rencontres et les moments partagés au fil des tournages.
Toutes mes pensées vont à sa famille, à ses proches, à ses collaborateurs et à toutes celles et ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin.


Très bel hommage.
Merci Christophe.
En effet, toutes nos pensées à sa famille.
S : Quelqu’un qui a « eu la chance de croiser son chemin «
Je viens d’apprendre avec grande tristesse la disparition de Philippe, mon compagnon de promotion ICC 1971 avec qui j’ai eu encore récemment de nombreuses réunions et échanges en qualité de relecteur de son projet de livre intitulé « Qucocoma » qui résume toute sa vie professionnelle, tant sur le plan technique que philosophique. Que tout soit fait pour que ce livre puisse être publié.
Philippe, malgré son caractère affirmé, était un ami. J’ai eu le plaisir de le seconder dans différents projets et les brainstormings duraient parfois jusqu’à 23H dans son agence. C’était un grand! J’avais beaucoup d’admiration pour lui, c’était un architecte qui respectait les paysagistes dont je suis (chose rare).
J’apprends ce jour le décès de Philippe avec émotion. Jeune dessinateur, j’ai eu le plaisir de travailler avec lui, jeune ingénieur à l’époque, au début des années 70 au bureau d’études Verdeyen et Moenaert avenue des arts 20 á Bruxelles. Je retiens de lui sa gentillesse et son accessibilité á l’époque mais aussi lors de plusieurs rencontres dans les 50 années qui ont suivis ( au bureau quelques fois et même dans les aéroports! ) Je tiens á présenter mes sincères condoléances á sa compagne et sa famille , et mentionner que Philippe restera á tout jamais présent pour moi .
Avec mes meilleures salutations
Simplement pour dire toute ma tristesse. Cette tristesse quand on perd un ami cher avec qui on a partagé tellement de bonheurs, d’émerveillements, de questionnements aussi.
Merci Philippe pour tout ce que tu as apporté dans tes magnifiques réalisations, toujours dans le respect de l’Humain et de la Beauté. merci pour ta confiance quand tu m’appelais pour me demander conseils concernant la musique notamment.
Merci pour ces belles émissions « portrait en musique » que tu as offertes aux auditeurs de la RTBF – Musiq3
Mes pensées pleines de toute notre fidèle amitié te retrouvent, là où tu es désormais. Et aussi pour tous tes proches