HABITER LA LUMIÈRE (2) : Pourquoi nos maisons deviennent-elles de plus en plus sombres ?

Nous rêvons souvent d’un logement ouvert sur la nature, entouré de verdure et baigné de lumière. En ville, ce rêve se traduit fréquemment par la recherche d’un appartement situé au rez-de-chaussée, avec un accès direct à un jardin.

Pourtant, ce sont souvent ces logements qui reçoivent le moins de lumière naturelle.

Ce paradoxe s’explique facilement : plus on s’élève dans un bâtiment, plus le ciel devient visible et moins les obstacles environnants sont nombreux. À l’inverse, les pièces situées au niveau de la rue sont davantage exposées aux ombres portées par les bâtiments voisins, les murs mitoyens, la végétation ou les extensions construites au fil du temps. La présence d’un jardin ne garantit donc pas nécessairement un intérieur lumineux.

En ville, la lumière rencontre de nombreux obstacles

La quantité de lumière qui pénètre dans une habitation ne dépend pas uniquement de la taille des fenêtres. Elle est également liée à tout ce qui se trouve devant celles-ci.

Dans un environnement urbain dense, les façades voisines peuvent masquer une grande partie du ciel : plus elles sont proches et élevées, plus elles limitent l’entrée de la lumière naturelle. La question de l’intimité entre également en jeu — lorsqu’une fenêtre donne directement sur la maison voisine ou sur la rue, nous avons tendance à installer des rideaux, des stores ou d’autres protections visuelles. Ces dispositifs sont parfois indispensables pour préserver la vie privée, mais ils réduisent également la quantité de lumière disponible à l’intérieur.

Les logements situés au rez-de-chaussée cumulent ainsi les difficultés vues plus haut : proximité des obstacles, exposition au regard extérieur, éloignement du ciel.

Rénover peut aussi réduire la lumière

La rénovation énergétique de nos bâtiments est indispensable : nous devons mieux isoler les murs et les toitures afin de limiter les pertes de chaleur, de réduire les consommations d’énergie et d’améliorer le confort des habitants. Mais ces transformations peuvent avoir des conséquences inattendues sur la lumière naturelle.

Lorsque l’on ajoute une couche d’isolation, les murs et les toitures deviennent plus épais. Les fenêtres peuvent alors se retrouver au fond d’un embrasement plus profond, et la lumière doit traverser davantage d’épaisseur avant d’atteindre la pièce, ce qui peut diminuer sa diffusion dans l’espace intérieur. Le même phénomène peut se produire autour des fenêtres de toiture lorsque l’isolation ou les finitions ne sont pas pensées en fonction de la lumière : la forme des embrasures, leur profondeur et leur inclinaison influencent directement la manière dont les rayons lumineux se propagent dans la pièce.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faudrait renoncer à isoler les bâtiments. Il faut plutôt intégrer la lumière naturelle dès le début du projet de rénovation, au même titre que les performances énergétiques, la ventilation ou le confort thermique.

Les toitures sont de plus en plus sollicitées

Les toitures jouent aujourd’hui plusieurs rôles : protéger le bâtiment, contribuer à son isolation, et accueillir de nouveaux équipements, notamment des panneaux photovoltaïques. Cette évolution est positive, mais elle nécessite une réflexion globale.

Une toiture entièrement couverte de panneaux solaires peut, par exemple, rendre plus difficile la création de nouvelles ouvertures. Or, dans une maison mitoyenne profonde, les fenêtres de toiture constituent parfois l’un des seuls moyens d’apporter de la lumière au centre du bâtiment.

Il ne s’agit donc pas d’opposer production d’énergie et éclairage naturel : les deux doivent être étudiés ensemble afin d’organiser intelligemment la toiture et de réserver les emplacements nécessaires aux différentes fonctions. Produire de l’électricité est essentiel, mais faire entrer la lumière naturelle permet aussi de réduire l’usage de l’éclairage artificiel et d’améliorer le bien-être des occupant·es.

Les extensions peuvent assombrir le cœur de la maison

Dans les villes où l’espace disponible est limité, de nombreux·ses habitant·es choisissent d’agrandir leur logement vers le jardin. Une extension permet de créer une cuisine plus vaste, une salle à manger ou un nouvel espace de vie largement ouvert sur l’extérieur.

La nouvelle pièce peut être très lumineuse, notamment lorsqu’elle dispose de grandes baies vitrées. Mais elle risque, dans le même temps, de priver de lumière les espaces situés plus profondément dans la maison. L’ancienne façade arrière, qui constituait autrefois la principale source de lumière, devient alors une séparation intérieure : la nouvelle extension intercepte une partie de la lumière et le centre du logement peut progressivement s’assombrir.

Ce problème est particulièrement fréquent dans les maisons mitoyennes bruxelloises, souvent longues et étroites. Lorsqu’une extension est ajoutée à l’arrière, la distance entre la façade et les pièces centrales augmente encore.

Pour éviter cet effet, il est possible de travailler avec des ouvertures en toiture, des patios, des doubles hauteurs, des cloisons vitrées ou des circulations plus ouvertes. L’objectif est de permettre à la lumière de traverser le bâtiment plutôt que de s’arrêter dans la nouvelle pièce.

Une perte progressive dont nous n’avons pas toujours conscience

Une maison devient rarement sombre du jour au lendemain : la perte de lumière se produit généralement par petites étapes, chacune paraissant logique lorsqu’elle est considérée séparément — un voisin construit, un rideau s’ajoute, une rénovation épaissit les murs, une toiture se couvre de panneaux, une extension s’installe dans le jardin. C’est leur accumulation qui modifie progressivement l’équilibre lumineux du logement.

Pour Joël Sels, Senior Daylight Design Engineer chez VELUX, la première étape consiste donc à prendre conscience de cette évolution. Lorsque l’on comprend où et pourquoi la lumière disparaît, il devient possible de rechercher des solutions pour la retrouver.

Concevoir ou rénover un logement ne consiste donc pas à multiplier les fenêtres au hasard, mais à observer l’environnement, l’orientation, la profondeur des pièces et les obstacles qui entourent le bâtiment — en gardant à l’esprit le principe posé en ouverture : plus une pièce garde une vue dégagée sur le ciel, plus elle a de chances de rester lumineuse.

La lumière naturelle est une ressource gratuite, mais elle n’est jamais garantie. Pour la préserver, chaque intervention sur le bâtiment doit être pensée comme une partie d’un ensemble.

« Quand on apporte du soleil dans la vie des autres, on ne peut pas empêcher aux rayons de nous atteindre. » Sir James Matthew Barrie (Dramaturge)

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