HABITER LA LUMIÈRE (1) : Pourquoi le manque de lumière nous affecte-t-il autant en hiver ?

Lorsque les journées raccourcissent et que le ciel reste gris pendant de longues périodes, nous sommes nombreux·ses à ressentir une baisse d’énergie. La fatigue s’installe plus facilement, la motivation diminue et notre humeur peut, elle aussi, être affectée.

Cette sensation n’a rien d’anodin. Elle est directement liée à la place essentielle qu’occupe la lumière naturelle dans le fonctionnement de notre organisme.

Notre corps est rythmé par la lumière

Depuis toujours, l’être humain organise ses journées en fonction du soleil. Bien avant l’apparition des montres, son lever et son coucher constituaient nos principaux repères temporels : la lumière du matin indiquait le début de l’activité, tandis que la disparition progressive du soleil annonçait le moment du repos. Ce cycle naturel continue aujourd’hui à influencer notre horloge biologique, même si notre mode de vie nous en éloigne parfois.

Joël Sels, Senior Daylight Design Engineer chez VELUX, aime illustrer cette relation instinctive au soleil par une expérience très simple : demander à un jeune enfant de dessiner une maison. Très souvent, un soleil apparaît spontanément dans son dessin. À cet âge, les enfants représentent avant tout les éléments qui leur semblent essentiels — la présence du soleil révèle donc la place fondamentale qu’occupe la lumière dans notre perception du monde et de l’habitat.

Cette relation ne reste pas qu’un réflexe culturel : elle repose sur un mécanisme biologique précis.

Lumière, mélatonine et horloge biologique

Lorsque la lumière diminue le soir, notre cerveau commence à produire de la mélatonine. Cette hormone participe à la régulation de notre rythme veille-sommeil et prépare progressivement notre organisme au repos. À l’inverse, la lumière naturelle du matin contribue à indiquer à notre corps qu’il est temps de se réveiller et de redevenir actif. S’exposer à la lumière dès le début de la journée permet ainsi de mieux synchroniser notre horloge biologique — c’est notamment pour cette raison qu’un café pris à l’extérieur ou quelques minutes passées près d’une fenêtre bien éclairée peuvent avoir un effet positif sur notre niveau d’éveil et notre énergie au cours de la journée.

Le soir, notre organisme a au contraire besoin d’une lumière plus douce. L’exposition prolongée à la lumière bleue produite par les écrans peut retarder les signaux associés au sommeil ; limiter l’usage du téléphone, de la tablette ou de l’ordinateur avant de se coucher aide donc à respecter davantage le rythme naturel du corps.

Quand l’architecture suit la course du soleil

La relation entre la lumière et notre bien-être ne concerne pas uniquement nos habitudes quotidiennes : elle peut aussi influencer la manière dont nous concevons les bâtiments. C’est le principe de l’architecture circadienne, qui consiste à organiser les espaces et leurs fonctions en tenant compte de l’orientation du bâtiment, de la course du soleil et des besoins de lumière à différents moments de la journée.

Une chambre orientée vers l’est peut, par exemple, profiter de la lumière du matin, qui accompagne naturellement le réveil et indique progressivement à l’organisme qu’une nouvelle journée commence. Dans certains hôpitaux, l’orientation des chambres et l’accès à la lumière naturelle sont d’ailleurs étudiés afin d’améliorer le confort et le bien-être des patients.

À l’ouest, en revanche, les pièces reçoivent davantage de soleil en fin de journée et peuvent donc accumuler de la chaleur au moment où la température intérieure devrait commencer à diminuer — une orientation pas toujours idéale pour une chambre, particulièrement en été.

Il ne s’agit cependant pas d’appliquer une règle unique à tous les bâtiments : la qualité de l’enveloppe, les protections solaires, la ventilation, la taille des ouvertures et le contexte environnant doivent également être pris en compte. L’objectif est avant tout de placer les bonnes fonctions aux bons endroits et d’utiliser intelligemment la lumière naturelle.

La lumière naturelle ne sert donc pas uniquement à éclairer nos intérieurs. Rechercher la lumière du matin, ménager les écrans le soir et penser l’orientation des pièces selon leur usage : ce sont ces trois réflexes qui permettent de mieux respecter notre rythme biologique — et, avec lui, notre sommeil, notre énergie et la qualité des espaces que nous habitons.

« La lumière du jour s’exprime en lux, mais elle n’est pas un luxe. » Joël Sels (Docteur Daylight)

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