Dans cette maison bruxelloise du XIXᵉ siècle, la rénovation devait au départ être légère : ouvrir la salle à manger sur la cuisine, améliorer les circulations, adapter quelques espaces à un mode de vie plus contemporain. Mais la rencontre entre Marc Ghysels, maître d’ouvrage curieux et très impliqué, et Vincent Pierret, architecte associé au sein du bureau bruxellois Ledroit Pierret Polet Architectes, a progressivement transformé cette intention initiale en une aventure architecturale beaucoup plus ambitieuse.
Avant même l’achat de la maison, les architectes étaient venus poser un premier regard sur le bâtiment. Une fois installé, Marc Ghysels souhaitait simplement mieux relier les espaces de vie. Mais au fil des échanges, le projet s’est ouvert : il ne s’agissait plus seulement d’abattre un mur, mais de repenser l’ensemble de la maison, son rapport à la lumière, au jardin, à ses strates historiques et aux usages d’aujourd’hui. Ce qui devait durer quelques mois deviendra finalement un chantier de longue haleine, fait d’apprentissages, d’ajustements et de découvertes.
Pour Marc Ghysels, cette rénovation a été une immersion complète dans le monde de l’architecture et de la construction. Réunions techniques, discussions autour de la performance énergétique, ventilation, stabilité, lecture de plans : autant de domaines qui lui étaient étrangers au départ et qu’il a appris à apprivoiser au fil du projet. Cette implication forte du maître d’ouvrage a nourri le dialogue avec les architectes, dans une relation où chacun a trouvé sa place : l’architecte dans la conception d’un projet cohérent et ambitieux ; l’habitant dans l’expression des usages, des besoins quotidiens et de l’expérience concrète du lieu.
Pour Vincent Pierret, les maisons bruxelloises mitoyennes constituent un véritable terrain d’expérimentation. Elles présentent souvent les mêmes contraintes : pièces en enfilade, espaces centraux sombres, rapport au jardin peu valorisé, structure héritée d’un mode de vie du XIXᵉ siècle. Mais elles offrent aussi un formidable réservoir de qualités : de beaux volumes, des matériaux existants, une profondeur, une histoire. Le travail de l’architecte consiste alors à faire entrer la lumière, à ouvrir les perspectives, à rendre la maison compatible avec les modes de vie contemporains sans effacer ce qu’elle a été.
Le projet s’inscrit ainsi dans une logique de continuité plutôt que de rupture. La maison, construite en 1872, avait déjà connu plusieurs transformations au fil du temps. L’intervention contemporaine vient ajouter une nouvelle couche à cette histoire, en dialogue avec les traces anciennes, le jardin et les usages futurs. Ce n’est pas une rénovation figée, mais une étape dans la vie longue du bâtiment.
Un élément symbolise particulièrement cette relation entre intérieur et extérieur : l’érable du Japon, visible depuis l’entrée. Dès que la porte s’ouvre, le regard traverse la maison jusqu’au jardin. La rénovation amplifie cette perspective et crée une progression vers la lumière, jusqu’à cette pièce hybride — entre véranda, loggia et espace de transition — qui relie la maison au jardin et brouille subtilement les frontières entre dedans et dehors.
La question de la durabilité traverse également le projet, mais sans se limiter à la seule performance énergétique. Adapter une maison existante aux usages contemporains est déjà, pour les architectes, un geste durable. Il s’agit de démolir le moins possible, d’améliorer l’isolation et le confort, mais aussi de réemployer lorsque cela fait sens. Certaines lattes de bois exotique, récupérées de la terrasse temporaire imaginée par Bas Smets pour Bozar en avril 2019, ont ainsi trouvé une nouvelle vie dans le jardin, sous la forme d’une promenade en éventail japonais.
Au-delà du chantier, l’échange entre Marc Ghysels et Vincent Pierret raconte surtout la construction d’une confiance. Marc Ghysels dit avoir voulu respecter la démarche des architectes, leur laisser développer une œuvre dont ils puissent être fiers, tout en intervenant sur les questions d’usage et de quotidien. De son côté, Vincent Pierret reconnaît l’importance de cette implication : un projet d’architecture se nourrit aussi de ces échanges, de ces allers-retours entre vision, technique et vie réelle.
Cette rénovation devient alors bien plus qu’une transformation domestique. Elle raconte comment une maison ancienne peut être réinventée sans perdre son âme, comment l’architecture contemporaine peut dialoguer avec le patrimoine ordinaire, et comment la relation entre un maître d’ouvrage et son architecte peut faire émerger un projet à la fois sensible, habitable et profondément ancré dans son époque.
