Tous les deux ans, la Biennale d’architecture de Venise transforme la Sérénissime en un vaste laboratoire des enjeux qui traversent l’architecture contemporaine. Au cœur des Giardini, les pavillons nationaux permettent à chaque pays de proposer sa propre lecture des mutations de nos manières de construire, d’habiter et de penser la ville.
La Belgique y occupe une place particulière. Son pavillon, dessiné par l’architecte Léon Sneyers en 1907, fut le tout premier pavillon national étranger construit dans les Giardini. Depuis 1972, son occupation alterne entre les Communautés flamande et française. Pour la Biennale d’architecture, la Fédération Wallonie-Bruxelles organise ainsi, tous les quatre ans, la sélection de l’équipe appelée à représenter la Belgique.
Après In Vivo en 2023, puis Building Biospheres, porté par la Flandre en 2025, le Pavillon belge repassera donc sous commissariat de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la 20e Biennale d’architecture de Venise, qui se déroulera du 8 mai au 21 novembre 2027.
Plus de trente ans de présence francophone racontés en images
Cette histoire du Pavillon belge, j’ai eu l’occasion de la parcourir en images.
En 2022, Les Délires Productions, en collaboration avec la Cellule architecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Wallonie-Bruxelles International, l’Institut Culturel d’Architecture Wallonie-Bruxelles et CAVIAR.ARCHI, a produit une série de six films revenant sur l’ensemble des participations francophones à la Biennale d’architecture entre 1996 et 2018.
Une manière de constituer une mémoire audiovisuelle de ces expositions, mais aussi de retrouver celles et ceux qui les ont imaginées et de comprendre ce que chacune racontait de son époque.
La série permet de redécouvrir :
- 1996 – Pierre Hebbelinck, raconté par Chantal Dassonville. Voir le film 1996 – Pierre Hebbelinck
- 2002 – Îles flottantes, avec Maurizio Cohen. Voir le film 2002 – Îles flottantes
- 2006 – La beauté de l’ordinaire, autour du travail de Label architecture, Véronique Patteeuw et Jean-Didier Bergilez. Voir le film 2006 – La beauté de l’ordinaire
- 2010 – Usus/usures, proposé par Rotor. Voir le film 2010 – Usus/usures
- 2014 – Intérieurs. Notes et Figures, de Bernard Dubois, Judith Wielander, Sarah Levy et Sébastien Martinez Barat. Voir le film 2014 – Intérieurs. Notes et Figures
- 2018 – Eurotopie, porté par Traumnovelle et Roxane Le Grelle. Voir le film 2018 – Eurotopie
Six éditions, six regards sur l’architecture, mais aussi sur la société : l’habitat ordinaire, l’usage et l’usure des bâtiments, nos espaces intérieurs ou encore la place de l’Europe et de ses institutions dans la ville.
« In Vivo » : du pavillon au long métrage
En 2023, la Fédération Wallonie-Bruxelles confiait le Pavillon belge au projet In Vivo, porté par Bento et la philosophe et psychologue Vinciane Despret. Au centre de la proposition : une question devenue incontournable pour l’architecture contemporaine. Comment continuer à construire dans un monde aux ressources limitées ?
Terre, bois, mycélium… l’exposition explorait la possibilité de construire autrement et, surtout, de reconsidérer notre relation au vivant.
Cette aventure, je l’ai suivie de l’intérieur avec ma caméra. Pendant plusieurs mois, j’ai accompagné les architectes Florian Mahieu, Charles Palliez et Corentin Dalon, depuis leurs recherches et expérimentations jusqu’à la réalisation du pavillon à Venise.
Ce travail est devenu In Vivo, un documentaire de 59 minutes qui dépasse largement le compte rendu d’une exposition pour suivre les questionnements d’une jeune génération d’architectes confrontée au changement climatique, à l’épuisement des ressources et à la nécessité d’inventer d’autres manières de construire.
Découvrir le film documentaire In Vivo
2027 : « Domestiquer le bureau »
Une nouvelle page va désormais s’écrire.
Le projet « Domestiquer le bureau », porté par MULTIPLE + Gérald Ledent + Maïa Descamps, a été choisi pour représenter la Belgique lors de la 20e Biennale d’architecture de Venise en 2027.
Et le sujet est particulièrement contemporain : comment mettre en regard l’immense quantité de surfaces de bureaux aujourd’hui inoccupées avec une précarité résidentielle qui ne cesse de croître ?
Plutôt que de considérer la vacance comme un problème, les commissaires proposent de la regarder comme une ressource. Comment transformer ces plateaux de bureaux standardisés, conçus selon des trames répétitives, en lieux capables d’accueillir de nouvelles manières d’habiter ? Et surtout, comment profiter de ces transformations pour produire des logements réellement accessibles ?
L’équipe réunit trois profils complémentaires : MULTIPLE, bureau d’architecture fondé par Abdel Majid Boulaioun et actif depuis vingt-cinq ans en Wallonie et à Bruxelles ; Gérald Ledent, ingénieur civil architecte, docteur et coordinateur de l’équipe de recherche Uses&Spaces de l’UCLouvain ; et la réalisatrice Maïa Descamps, notamment auteure des courts métrages Les huîtres et Les homards.
Dans le Pavillon belge, le projet prendra la forme d’une véritable expérimentation. Un paysage de bureaux sera reconstitué à partir d’éléments de réemploi avant d’être confronté à sa possible transformation domestique.
L’exposition associera également recherches, études de cas et une trilogie de films destinée à raconter le paradoxe entre vacance immobilière et mal-logement.
De la vacance au droit au logement
Mais « Domestiquer le bureau » entend aller plus loin que la démonstration architecturale.
L’équipe souhaite profiter de la visibilité internationale de Venise pour lancer un « Pacte de Venise », manifeste collectif consacré au droit au logement en Europe. Juristes, économistes, architectes, associations, responsables politiques, chercheurs, artistes et habitants seront invités à contribuer au débat pendant les six mois de l’exposition.
Le Pavillon belge ambitionne ainsi de devenir non seulement un lieu d’exposition, mais un laboratoire politique et architectural, où la question de la transformation du bâti existant rencontre directement celle de l’accessibilité au logement.
