ARCHI URBAIN, l’actu (02/02) : Archi 2000 / Une solution pour le bois de la Cambre

Philippe Verdussen, dont les bureaux de son entreprise Archi 2000 se trouvent dans le bois de la Cambre, propose une solution ambitieuse imaginée avec l’aide de l’ingénieur Laurent Ney pour réconcilier les automobilistes avec les utilisateurs de mobilité douce (et les décisions politiques qui les accompagnent) avec cet écrin de verdure bruxellois qui a toujours été pensé comme un endroit de mixité de fonctions urbaines.

Bois de la Cambre – ©archi2000

Philippe Verdussen déclare : « Depuis 22 ans, je vis 10 à 12h/jour, 5 j sur 7 dans ce cadre merveilleux qu’est ce Bois de la Cambre en plein cœur de Bruxelles, Capitale de l’Europe.

J’en suis tombé amoureux !

Fin 19 – in tempore non suspecto – nous avions décidé chez Archi 2000 à l’occasion de nos 30 ans de nous pencher sur certaines problématiques bruxelloises.

En tant « qu’occupant » du Bois de la Cambre, la première problématique abordée était la circulation cycliste et piétonne dans le bois. Impossibilité de le traverser en toute sécurité, nuisances sonores et olfactives, autant de désagréments pour les cyclistes et piétons qui nous avaient interpellés.

A l’instar d’autres grandes villes européennes, nous nous sommes permis de rêver à une traversée fluide et continue qui à certains endroits s’élèverait pour se détacher des nuisances, offrir à voir, respirer…à contempler !

Bois de la Cambre – ©archi2000

C’était, je le disais, in tempore non suspecto, en faveur des usagers de la mobilité douce, avant le COVID, avant le débat qui fait rage aujourd’hui, 9 mois plus tard !

Aujourd’hui, alors que les citations et les recours se multiplient et que le débat risque de s’enliser dans de longues procédures, je souhaite – modestement – proposer des solutions en m’inscrivant, et éventuellement en participant, dans une démarche positive, constructive, qui au départ était une démarche pro vélos-piétons mais qui s’est transformée en une démarche de partage, de cohabitation entre les divers modes de transport et qui tend à solutionner à la fois les problèmes de mobilité dans le bois mais aussi autour du bois.

En effet, je pense qu’une recherche de solution afin de favoriser la mobilité douce ne doit pas automatiquement signifier l’élimination de la voiture.

De même, j’ai tendance à penser que résoudre un problème ne se fait pas en reportant le problème ailleurs.

Trafic autour du Bois de la Cambre @archi2000

C’est comme si un médecin vous résolvait un problème ponctuel mais que – ce faisant – il dégradait complètement votre état général !

Notre proposition se veut conforme au slogan de la semaine de la mobilité en Wallonie : L’ESPACE PUBLIC CELA SE PARTAGE.

Elle tend à permettre d’assurer en semaine – le bois étant fermé aux voitures le we – une cohabitation des différents usagers.

Car le Bois de la Cambre n’est pas – quoiqu’en disent certains – exclusivement un espace vert !

Je vous recommande à ce sujet la lecture de l’excellent ouvrage écrit par Xavier Duquenne en 1989 qui démontre que depuis son origine en 1862 (KEILIG l’a conçu comme cela) , c’est un parc public avec un réseau de voies à circulation différenciées pour les attelages (voitures), les cavaliers (vélos) et les piétons.

Nous pensons que le maintien de la voiture est possible. Certains en ont besoin !

Mais par contre, comme le souligne Brent Toderian expert canadien en mobilité, il faut cesser tout projet favorable à l’automobile ! Il faut utiliser l’argent dans des projets qui encouragent la marche, le vélo et le recours au transport public…et se fixer des échéances à court terme.

Dans le cas qui nous occupe, il y a certainement lieu de réduire à certains endroits les bandes de circulation, d’instaurer des limitations de vitesse drastiques – une zone 30 – et de les faire respecter… mais de grâce arrêtons d’une part de reporter le problème ailleurs et d’autre part, ces mesures provisoires à la Belge qui consistent à déposer des bollards en béton hideux n’importe où et n’importe comment, qui pour finir deviennent des mesures définitives.

Mesures provisoires – Bois de la Cambre – ©archi2000

Car aujourd’hui – alors que beaucoup de gens télé-travaillent encore – je ne pense pas qu’il faille dépenser des fortunes en comptage pour s’apercevoir des problèmes de mobilité qu’engendre la fermeture du bois à la voiture sur la drève de Lorraine, la chaussée de la Hulpe et la chaussée de Waterloo entre le Vivier d’Oie et la Bascule, l’avenue F. Roosevelt pendant qu’en semaine – alors qu’il fait encore beau – le bois est quasi vide.

A titre personnel, mes clients adoraient venir en réunion en mes bureaux depuis 20 ans …aujourd’hui plus personne ne souhaite venir ici.

C’est triste mais pas encore trop grave économiquement car nous, architectes, pouvons nous déplacer mais je pense qu’il y a lieu de penser aux dommages et problèmes que rencontrent des établissements comme les restaurateurs, les exploitants et les commerçants dans et autour du bois, l’Ecole Européenne, les cliniques de l’Europe et même les commerçants de la Ville de Bruxelles déjà durement touchés par le Covid et qui sont aujourd’hui délaissés par tous les clients potentiels du sud de Bruxelles et de ceux de Rhode et Waterloo qui … il faut bien l’admettre, ont un pouvoir d’achat indéniable.

Et c’est là que je suis assez d’accord avec Alain Maron… on se trompe de méthode et il y a un intérêt régional et même inter-région ! Waterloo est en Wallonie… Rhode est en Flandres… plusieurs communes sont impactées.

La ville de Bruxelles ne peut donc régler ce problème seule !

Donc je plaide pour un projet concerté, ambitieux, digne de notre statut de Capitale de l’Europe, avec des ouvrages d’art bien pensés qui permettent au piéton et au vélo d’évoluer en toute sécurité, d’éviter des croisements dangereux ou des ouvertures de portes intempestives et qui à certains endroits s’élèvent, afin de bénéficier de vues, de quiétude et de calme.

C’est Mikaël Colville-Andersen, Danois, le pape du vélo, qui a dit :

« Les gens ne se mettront au vélo qu’une fois qu’ils se sentiront suffisamment en sécurité. Les pistes cyclables ne sont pas ces dangereuses bandes étroites peintes sur la chaussée mais de larges pistes à sens unique séparées du trafic…avec des ponts spéciaux… Dès que le vélo est le moyen de transport le plus efficace, il gagne automatiquement du terrain ».

Le dispositif mis en place aujourd’hui reste dangereux, manque de fluidité et de continuité. La traversée de certains carrefours ralentit et insécurise le cycliste. Les pistes cyclables mises en place entre les voitures en stationnement et le bois rendent le parcours peu agréable, inconfortable.

Quelle est notre proposition ?

Nos premières réflexions s’inscrivent dans la continuité des études réalisées entre 2002 et 2004 par « l’Association Bois » et les remarquables travaux de mise en valeur effectués par Beliris de 2005 à 2011. Tout en respectant la fonction d’axe de pénétration dans la ville qu’assume aujourd’hui le Bois de la Cambre, nous sommes convaincus que le rôle social majeur qu’il représente peut et doit encore être renforcé.

Les premières esquisses que nous proposons sous-entendent une étude plus poussée et plus concertée d’ouvrages efficaces, raffinés, discrets…et ludiques.

Elles sont aussi le résultat d’examens « in situ » et se basent évidemment sur les reliefs accidentés du Bois ainsi que sur les croisements avec la circulation automobile.

S’élever pour se détacher des nuisances, offrir à voir, contempler, respirer…les propositions sous forme d’une structure sylvestre en bois s’intègrent à la nature tout en veillant à respecter la scénographie particulière paysagère conçue par l’architecte Edouard Kellig en 1857.

A l’instar de ce qui se fait dans d’autres grandes capitales européennes, les propositions se veulent respectueuses de cet exceptionnel écrin tout en offrant aux usagers dits faibles l’assurance d’une traversée fluide, continue, sécurisée et libérée de toutes contraintes.

En 2019, nous avions démarré l’étude mais il reste beaucoup à faire. Une analyse pointue de l’existant a été réalisée. Elle met en avant :

  • Les pelouses et massifs boisés
  • Le bâti remarquable
  • Les routes et les sentiers
  • Le relief
  1. Le carrefour déterminé par la drève de Lorraine, la chaussée de la Hulpe et l’avenue de Boitsfort constitue un premier point critique parce que le cheminement pour les « modes doux » est coupé par des voies de circulations flanquées de bordures. L’objectif est de sécuriser, de fluidifier et d’autonomiser le cheminement piétons et vélos à l’aide d’un franchissement des voies de circulations.
  2. Le deuxième point se situe le long du lac, face à l’île Robinson sur le sentier des Canoers. L’objectif est de développer un espace en connexion avec le cheminement vélo le long de l’eau, propice à l’arrêt et à la contemplation.
  3. Pour le carrefour des Attelages (troisième point), il s’agit de traverser le lieu en respectant son caractère d’espace propice à l’accueil éphémère et à l’organisation de festivités en tous genres.
  4. L’avenue de la Laiterie (quatrième point) constitue une interruption dans le cheminement à travers le bois. L’objectif serait de sécuriser et de fluidifier la circulation vélo par un franchissement adapté aux deux roues.
  5. Le cinquième point est le ravin qui est caractérisé par une forte déclivité qui ne rend pas aisé le passage à pied ou à vélo. L’intention est de proposer un franchissement confortable pour les deux roues.
  6. Le sixième point est l’avenue Louise où l’objectif est de gérer l’articulation entre les flux vélos et les flux de voitures en respectant les contraintes de ce lieu (carrefour Louise, Lloyd George, de Flore, de Diane / présence de bordures / zone de protection autour des pavillons d’octroi).

Cela nous a amenés à proposer ce cheminement :

Tracé Bois de la Cambre – ©Archi2000

En conclusion, nous avons un Bois de la Cambre FABULEUX !
Il faut un projet ambitieux ! digne de notre statut de capitale de l’Europe.

Projet pro-mobilité douce mais pas anti-voitures.

Projet qui fait la part belle aux vélos et aux piétons, qui le sécurise, qui réduit la part modale de la voiture mais ne la supprime pas en réduisant les bandes de circulation, le nombre de places de parking, en instaurant une zone 30…

Projet qui ne reporte pas les problèmes ailleurs, la fermeture du bois en semaine en voitures, c’est reporter les embouteillages, le bruit, la pollution de l’air, la congestion… aux alentours immédiats…ce n’est pas résoudre ce problème environnemental comme on tend à nous le faire croire…

Projet qui demande une large concertation inter-régionale, avec la Région Bruxelles-Capitale à la manœuvre, avec tous les acteurs, tous les usagers. Le respect de l’environnement, c’est une réflexion globale, pas des à-coups bricolés post-covid qui ne tiennent pas compte de la mentalité des gens et de leurs besoins.

Projet esthétique…le bois est classé…la CRMS n’a-t-elle rien à redire sur ces bollards jetés n’importe comment, cette signalisation bricolée, hétérogène et provisoire qui devient définitive ?

Projet réaliste et payable…je suis convaincu que ce projet peut – en 3 ans – être porté par de l’argent public d’une part mais aussi d’autre part par des sponsors privés qui seraient ravis de pouvoir participer à un projet ambitieux pour Bruxelles, à la hauteur de l’ambition que devrait avoir une capitale européenne pour ce Bois de la Cambre, classé dans son entièreté, Bois de la Cambre que beaucoup nous envient. »

One comment to “ARCHI URBAIN, l’actu (02/02) : Archi 2000 / Une solution pour le bois de la Cambre”
  1. Voilà enfin une proposition équilibrée, ouverte et attentive à TOUS les citoyens !!! Stop à l égoïsme. Merci Philippe

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