Bruxelles prépare une réforme de la propreté publique pour 2027

La Région bruxelloise, les communes et Bruxelles-Propreté ont lancé un Conseil de coopération destiné à préparer la réforme de la propreté publique annoncée pour 2027. Parmi les principales pistes : une organisation adaptée aux différents types de quartiers, le développement de 120 espaces-tri et une modification progressive des modes de collecte.

Région, communes, Bruxelles-Propreté et acteurs de terrain se sont réunis pour la première fois au sein de ce nouveau Conseil de coopération Région-Communes. L’objectif affiché est de mieux coordonner les différents niveaux de pouvoir et les nombreux intervenants qui se partagent aujourd’hui la gestion de la propreté dans la capitale, tout en tenant davantage compte des réalités propres à chaque quartier.

Cette première réunion ouvre un processus de concertation qui doit se poursuivre au cours des prochains mois.

Adapter la collecte aux différents quartiers

L’une des orientations présentées consiste à abandonner progressivement l’idée d’un modèle identique pour l’ensemble de la Région.

La future organisation devrait distinguer deux types de zones, définies à partir de critères tels que la densité de population ou la typologie de l’habitat. Le système de collecte pourrait ainsi varier selon que l’on se trouve dans un quartier dense d’immeubles à appartements ou dans une zone composée principalement de maisons individuelles.

Cette approche répond notamment aux demandes formulées par plusieurs communes, confrontées à des problématiques de propreté très différentes d’un quartier à l’autre.

120 espaces-tri annoncés

Autre élément central de la réforme : le développement des espaces-tri, des points de collecte dans lesquels les habitants peuvent déposer leurs déchets sans attendre le jour du ramassage. Au total, la Région annonce la création de 120 de ces installations durant la législature.

Deux quartiers doivent tout d’abord servir de terrains d’expérimentation, à raison d’une trentaine d’espaces-tri chacun, soit une soixantaine au total. Dans ces zones pilotes, ces espaces-tri remplaceront la collecte des déchets en porte-à-porte pendant la durée du test. L’objectif sera d’évaluer le fonctionnement du dispositif, son utilisation par les habitant·es et ses conséquences sur la propreté de l’espace public, avant d’envisager une extension du modèle.

Une soixantaine d’autres espaces-tri doivent parallèlement être répartis sur le territoire régional. Leur localisation devrait notamment cibler certains points noirs, des zones régulièrement touchées par les dépôts clandestins ou confrontées à des problèmes de nuisibles.

« Une réforme de la propreté qui lance aussi l’accélération du développement des espaces-tri, et deux phases-test pour deux quartiers qui verront le porte-à-porte remplacé par les espaces-tri », résume Audrey Henry, secrétaire d’État bruxelloise à la Propreté publique.

Plusieurs dizaines de millions d’euros en jeu

La réforme doit également s’accompagner d’une évolution du financement de la propreté publique. La Région compte notamment sur la Responsabilité élargie des producteurs pour les plastiques à usage unique (REP SUP). Le principe consiste à faire contribuer davantage les producteurs au coût de la collecte et du nettoyage des déchets générés par leurs produits.

À terme, ce mécanisme pourrait apporter plusieurs dizaines de millions d’euros par an à la Région bruxelloise. Selon le projet actuel, 54 % de ces moyens seraient destinés aux communes.

Le calendrier reste cependant incertain : Fost Plus a introduit un recours devant la Cour constitutionnelle, et une décision est attendue fin septembre. Celle-ci devra notamment permettre de préciser les montants disponibles et les modalités de mise en œuvre du dispositif. En attendant, la Région affirme continuer à soutenir financièrement les communes en avançant une partie des moyens attendus.

Vers une nouvelle organisation de la propreté bruxelloise

Le Conseil de coopération doit désormais préciser les contours de la réforme prévue pour 2027. Au-delà de la question de la collecte des déchets, l’enjeu sera surtout de construire une organisation plus lisible entre Région et communes, dans une matière où les responsabilités sont aujourd’hui réparties entre de nombreux acteurs.

Les projets pilotes autour des espaces-tri constitueront à ce titre un premier test grandeur nature : ils devront montrer si une collecte davantage centralisée peut réellement réduire la présence de sacs en rue et améliorer durablement la propreté des quartiers bruxellois.

Du Midi au Nord : une méthode qui se dessine

Cette réforme ne sort pas de nulle part. Depuis cet été, la secrétaire d’État à la Propreté publique Audrey Henry multiplie les opérations destinées à mieux coordonner les nombreux acteurs qui interviennent dans l’espace public bruxellois.

Le 16 juillet, une première opération d’envergure a été menée autour de la gare du Midi : Bruxelles-Propreté, la commune de Saint-Gilles, la police, la SNCB et la STIB sont intervenues simultanément sur un même territoire. Près de cinq tonnes de déchets — 4 990 kilos exactement — ont alors été évacuées.

Un mois plus tard, la même méthode a été appliquée à la gare du Nord. Région, Schaerbeek, Saint-Josse, Bruxelles-Propreté, SNCB, STIB et police étaient cette fois réunis autour de la table et sur le terrain. Une quarantaine d’agents ont été mobilisés et plus de 5,5 tonnes de déchets récoltées.

Deux opérations spectaculaires, certes, mais surtout deux laboratoires grandeur nature. Dans les deux cas, l’idée était de dépasser le morcellement administratif qui caractérise Bruxelles : un trottoir communal, une voirie régionale, une gare fédérale, des transports publics régionaux… alors que, pour l’habitant·e ou le voyageur·se, tout cela forme un seul et même espace public.

Avec la création du Conseil de coopération Région-Communes et la préparation de la réforme de 2027, cette logique change désormais d’échelle. Après avoir testé la coordination autour de deux des espaces les plus complexes de la capitale, la Région veut l’étendre à l’ensemble des quartiers bruxellois.

On voit ainsi se dessiner une ligne de conduite : partir du terrain, réunir les acteurs concernés autour d’un même périmètre et adapter la réponse aux réalités locales, plutôt que d’appliquer partout une solution identique.

Une discussion passée par le LaboNord

Cette réflexion sur l’adaptation de la collecte aux réalités locales fait aussi écho à une discussion que nous avions eue avec Audrey Henry lors de sa visite au LaboNord, dans le quartier Brabant, au mois d’août.

Nous avions alors attiré son attention sur une réalité très concrète : dans un quartier particulièrement précarisé, où une partie de la population vit dans des logements dégradés et doit avant tout gérer les difficultés du quotidien, un système de collecte complexe peut rapidement devenir inadapté.

Jours différents selon la couleur des sacs, semaines paires ou impaires, calendriers variables : sur le papier, le système organise le tri. Sur le terrain, il peut devenir difficilement lisible pour des habitant·es dont la priorité immédiate n’est pas nécessairement de maîtriser le calendrier des collectes.

Nous avions alors défendu une idée simple : simplifier radicalement le système, jusqu’à envisager un même jour de collecte pour les différents types de sacs.

La réforme annoncée aujourd’hui va-t-elle dans cette direction ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Mais le principe désormais avancé par la Région — adapter le mode de collecte à la densité, au type d’habitat et aux réalités propres à chaque quartier — rejoint en tout cas une partie des préoccupations exprimées lors de cette rencontre.

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