On parle souvent de l’architecte comme du créateur, du dessinateur de formes, de volumes et d’espaces. On évoque aussi l’ingénieur en stabilité, garant de la solidité de l’ouvrage. Mais une fois le bâtiment debout, une question essentielle demeure : comment vit-on à l’intérieur ?
C’est là qu’interviennent les ingénieurs en techniques spéciales.
Comme l’explique Frédéric Oleksandrov, fondateur de EWA Engineering, leur rôle est simple à formuler, mais complexe à mettre en œuvre :
« S’occuper de tout ce qui va faire vivre le bâtiment. »
Chauffage, ventilation, électricité, sanitaires… Ces systèmes invisibles sont pourtant essentiels. Ce sont eux qui permettent d’atteindre les fameux 20 degrés en hiver, de garantir une qualité d’air saine, d’assurer le confort acoustique et thermique, et de rendre un bâtiment véritablement habitable.
L’ingénieur en techniques spéciales intervient dès la conception, pour dimensionner les installations, mais aussi sur chantier, pour en assurer la bonne mise en œuvre. Il travaille en dialogue constant avec l’architecte, car les choix techniques influencent directement l’architecture – et inversement.
Vers la fin des énergies fossiles : une transition électrique
Aujourd’hui, le métier est en pleine mutation. La disparition progressive du gaz et du mazout impose une transformation profonde des systèmes énergétiques.
« On va devoir remplacer les chaudières par autre chose qui fonctionne à l’électricité. »
Mais attention : il ne s’agit pas simplement de remplacer une chaudière par des radiateurs électriques. Ce serait une aberration énergétique. Le véritable enjeu est d’utiliser intelligemment l’électricité, notamment grâce aux pompes à chaleur, qui permettent de multiplier l’énergie produite.
Une pompe à chaleur fonctionne comme un frigo inversé : elle capte les calories présentes dans l’air, le sol ou l’eau, et les restitue à l’intérieur du bâtiment. Avec 1 kWh d’électricité, elle peut produire jusqu’à 3 kWh de chaleur. Une efficacité qui en fait aujourd’hui une solution incontournable.


Pompes à chaleur : deux systèmes, deux logiques
Le système air-eau : pour des besoins importants et continus
Le système air-eau capte les calories de l’air extérieur pour chauffer de l’eau qui circule dans le bâtiment (plancher chauffant ou ventilo-convecteurs).
C’est une solution particulièrement adaptée aux logements de taille importante ou occupés de manière régulière.
Ses avantages :
- Production de chauffage et d’eau chaude sanitaire
- Possibilité de rafraîchissement en été
- Compatible avec des systèmes centralisés (chauffage sol, etc.)
Mais pour fonctionner efficacement, ce système impose une condition essentielle :
👉 un bâtiment très bien isolé
En effet, plus la température de chauffage est basse, plus le rendement est élevé. Cela implique une conception globale cohérente entre architecture et technique.

Le système air-air : pour des usages ponctuels et flexibles
Le système air-air, souvent associé à la climatisation, fonctionne sans circuit d’eau. Il diffuse directement de l’air chaud ou froid dans les pièces.
« C’est le système qu’on retrouve dans les chambres d’hôtel… mais aujourd’hui il est réversible et peut chauffer en hiver. »
Ce système est particulièrement adapté :
- Aux petites surfaces
- Aux occupations ponctuelles
- Aux espaces nécessitant une montée rapide en température
Il peut être complété par un ballon thermodynamique pour la production d’eau chaude sanitaire.

Une approche sur mesure : le cas du LaboNord
Ce que défend Frédéric Oleksandrov, notamment dans le cadre du LaboNord, c’est une approche pragmatique et contextualisée.
Chaque espace, chaque usage appelle une solution différente :
- Un duplex de grande surface → système air-eau
- Un logement intermédiaire → système air-air
- Un espace collectif à usage ponctuel → système air-air également
« En fonction du projet, il y a des solutions plus adaptées que d’autres. »
Cette approche met en lumière une réalité souvent oubliée : il n’existe pas de solution universelle. L’ingénieur en techniques spéciales est là pour analyser, arbitrer, adapter.
L’architecture comme point de départ
Au fond, la performance technique d’un bâtiment ne commence pas avec les machines… mais avec l’architecture.
Isolation, compacité, orientation : ces choix déterminent les besoins énergétiques. Et donc les solutions techniques à mettre en place.
« Pour qu’il y ait peu de déperdition, la première chose sur laquelle il faut agir, c’est l’architecture. »
C’est dans cette collaboration étroite entre architectes et ingénieurs que se joue l’avenir de la construction.
Rendre visible l’invisible
Les techniques spéciales sont souvent invisibles. Elles se cachent dans les murs, les plafonds, les gaines. Pourtant, elles sont au cœur de notre confort quotidien.
À travers des initiatives comme le LaboNord, et grâce à des ingénieurs comme Frédéric Oleksandrov, ces savoir-faire deviennent plus lisibles, plus compréhensibles, plus accessibles.
Et c’est peut-être là l’enjeu principal aujourd’hui :
👉 faire dialoguer technique, architecture et pédagogie pour construire des bâtiments réellement durables
