LaboNord : comment la lumière naturelle peut transformer une rénovation

Dans le cadre du projet LaboNord, Archi Urbain explore les enjeux de la rénovation d’une maison bruxelloise et les différentes stratégies architecturales pour améliorer le confort de l’habitation.

Avant de dessiner un projet, une question essentielle devait être posée : quelle est la situation réelle de la lumière naturelle dans le bâtiment ?

Pour y répondre, nous avons invité Joël Sels, Senior Design Engineer chez VELUX, également connu sous le nom de Doctor Daylight, afin d’analyser le potentiel lumineux de la maison et d’évaluer les propositions formulées par plusieurs architectes.

Son diagnostic apporte un éclairage précieux sur la manière de concevoir une rénovation en intégrant la lumière naturelle comme élément central du projet architectural.


VELUX : une expertise internationale sur la lumière naturelle

Fondé au Danemark en 1941, VELUX est aujourd’hui un acteur mondial de référence dans le domaine des fenêtres de toit et des solutions de lumière naturelle.

Mais l’entreprise ne se limite pas à la fabrication de produits. Elle mène également de nombreuses recherches sur la qualité des espaces intérieurs, notamment autour du concept de Healthy Buildings, qui vise à améliorer la santé et le bien-être grâce à la lumière naturelle et à la ventilation.

Dans ce contexte, Joël Sels intervient régulièrement dans les écoles d’architecture en Belgique pour sensibiliser les futurs architectes à l’importance de concevoir les bâtiments en tenant compte du parcours du soleil, de l’orientation et du comportement de la lumière naturelle.

  • Voir le reportage sur le projet Living Places à Copenhague : caviar.archi
  • Voir l’entretien avec Yves Sottiaux, Market Director Belgium + Luxembourg de VELUX : Who’s who

Une maison bruxelloise particulièrement sombre

L’analyse du LaboNord révèle rapidement un problème majeur : le manque de lumière naturelle au rez-de-chaussée.

Lors des mesures réalisées dans la maison, le niveau d’éclairement est d’environ 40 lux.

Pour comprendre cette valeur, il faut la comparer aux recommandations européennes :

  • 300 lux : niveau minimal pour les espaces de circulation
  • 500 lux : niveau recommandé pour lire ou travailler
  • 750 lux : niveau permettant de travailler sans lumière artificielle

Avec seulement 40 lux, la maison se situe donc très en dessous du confort lumineux attendu.

Cette situation est typique de nombreuses maisons bruxelloises mitoyennes, composées de pièces en enfilade et de fenêtres uniquement verticales au rez-de-chaussée.


Fenêtres verticales : une lumière limitée

Une fenêtre verticale laisse pénétrer la lumière naturelle jusqu’à environ deux fois sa hauteur dans la pièce.

Concrètement, si une fenêtre mesure deux mètres de haut, la lumière atteindra environ quatre mètres dans la profondeur de la pièce mais avec une lumière qui baisse en conséquence : au niveau du plan de travail ou du sol, la quantité de lumière diminue fortement.

Dans une maison étroite et profonde, cela explique pourquoi les espaces situés au centre du bâtiment restent souvent très sombres.


L’erreur fréquente en rénovation : agrandir la maison

Lorsque l’on analyse les propositions des architectes invités à réfléchir sur la rénovation du LaboNord, une idée revient presque systématiquement :

  • créer une extension au rez-de-chaussée pour agrandir la pièce arrière
  • installer un chien assis en toiture pour apporter davantage de lumière.

Ces solutions sont très courantes dans la rénovation des maisons bruxelloises.

Mais du point de vue de la lumière naturelle, elles ne sont pas toujours pertinentes.

Une extension peut certes agrandir la surface, mais elle peut aussi réduire la pénétration de la lumière dans la maison, surtout si elle crée un linteau ou un plafond qui bloque la lumière venant de l’extérieur.

On remarque sur ces rendus que l’agrandissement de la pièce ne permet pas de faire pénétrer la lumière très profondément. On voit qu’il faut installer une baie vitrée la plus haute possible et on voit également que l’installation d’une fenêtre sur le toit apporte un peu plus de lumière.


Pourquoi un chien assis n’est pas toujours une bonne idée

Le chien assis est souvent utilisé pour créer une vue horizontale depuis les combles.

Cependant, ce dispositif présente un inconvénient majeur : la fenêtre qu’il intègre reste verticale.

Or une fenêtre verticale capte beaucoup moins de lumière qu’une fenêtre installée directement dans la pente du toit.

De plus, la géométrie du chien assis crée souvent un effet tunnel :

  • les joues latérales
  • le plafond de la lucarne

limitent l’entrée de la lumière venant du ciel.

Résultat : la pièce reçoit beaucoup moins de lumière qu’avec une ouverture dans la pente du toit.


La puissance de la lumière zénithale

Pour Joël Sels, la clé consiste à exploiter la lumière zénithale, c’est-à-dire la lumière qui arrive directement du ciel.

Plus une fenêtre est placée haut dans la toiture, plus elle diffuse la lumière de manière uniforme dans l’espace.

Cette stratégie est particulièrement efficace dans des espaces comme la cage d’escalier, souvent négligée dans les projets de rénovation.

Pourtant, la cage d’escalier constitue une connexion verticale dans la maison, capable de diffuser la lumière naturelle vers les différents niveaux du bâtiment.


Concevoir la rénovation avec la lumière

L’analyse réalisée dans le cadre du LaboNord rappelle une réalité fondamentale de l’architecture :

Une rénovation réussie ne consiste pas seulement à ajouter des mètres carrés, mais à améliorer la qualité des espaces intérieurs.

Comprendre l’orientation d’un bâtiment, analyser le parcours du soleil et réfléchir à la position des ouvertures permet souvent d’obtenir des résultats bien plus efficaces que de simples extensions.

Dans le cas du LaboNord, la réflexion autour de la lumière naturelle ouvre donc la voie à une rénovation plus intelligente, où la lumière devient un véritable matériau de projet.

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