{"id":15358,"date":"2026-07-10T13:41:35","date_gmt":"2026-07-10T11:41:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.archiurbain.be\/?p=15358"},"modified":"2026-07-10T13:41:37","modified_gmt":"2026-07-10T11:41:37","slug":"quartier-nord-quand-la-crise-du-crack-deborde-jusque-devant-nos-portes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.archiurbain.be\/?p=15358","title":{"rendered":"Quartier Nord : quand la crise du crack d\u00e9borde jusque devant nos portes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est un sujet dont je voudrais vous parler, mais je sais qu\u2019il est d\u00e9licat. Parce qu\u2019il est vite polarisant. Parce qu\u2019il touche \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 la pauvret\u00e9, \u00e0 la sant\u00e9 mentale, \u00e0 l\u2019accueil, \u00e0 la drogue, \u00e0 l\u2019espace public. Et parce qu\u2019au fond, d\u00e8s qu\u2019on en parle, chacun\u00b7e semble d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat\u00b7e \u00e0 d\u00e9gainer son explication, son camp, son coupable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le LaboNord se situe au c\u0153ur du quartier Brabant, \u00e0 proximit\u00e9 de la gare du Nord de Bruxelles. Depuis un an et demi environ, la situation dans ma rue s\u2019est fortement d\u00e9grad\u00e9e. Il n\u2019est plus rare de voir des personnes consommer du crack devant les portes, dans les recoins, sur les trottoirs. Certains matins, il faut balayer des pipes, des bouteilles, parfois des seringues. Les \u00e9boueurs font un travail formidable, mais inlassable. Ils nettoient, et l&rsquo;apr\u00e8s-midi tout recommence.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_4562.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"563\" src=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_4562.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15366\" srcset=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_4562.jpeg 1000w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_4562-300x169.jpeg 300w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_4562-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_4562-160x90.jpeg 160w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">D\u00e9p\u00f4t d&rsquo;immondices clandestin &#8211; place Saint-Lazarre &#8211; \u00a9archiurbain.be<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_1877.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"563\" src=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_1877.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15367\" srcset=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_1877.jpeg 1000w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_1877-300x169.jpeg 300w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_1877-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_1877-160x90.jpeg 160w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">D\u00e9p\u00f4t d&rsquo;immondices clandestin &#8211; rue des Plantes &#8211; \u00a9archiurbain.be<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je mesure \u00e0 quel point ce sujet est sensible. Je sais que certain\u00b7es y verront d\u2019abord une question migratoire. D\u2019autres y verront l\u2019\u00e9chec des politiques d\u2019accueil, de sant\u00e9 ou de r\u00e9duction des risques. D\u2019autres encore parleront de gentrification. Mais ce que je voudrais dire ici, c\u2019est autre chose : il y a des quartiers bruxellois qui sont en train d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9s \u00e0 une forme de ghetto\u00efsation silencieuse. Et le Quartier Nord, comme les abords de la gare du Midi, en est un sympt\u00f4me \u00e9vident.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le constat est l\u00e0 : la rue va mal. Les habitant\u00b7es vont mal. Les personnes qui consomment vont mal. Et l\u2019espace public, lui, devient invivable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cris, les bagarres, les tensions, les sc\u00e8nes de consommation \u00e0 ciel ouvert, les d\u00e9chets li\u00e9s \u00e0 la drogue : tout cela fait d\u00e9sormais partie du quotidien. On ne devrait pas s\u2019y habituer. Ni pour les riverain\u00b7es, ni pour les commer\u00e7ant\u00b7es, ni pour les enfants, ni m\u00eame pour les personnes qui consomment, qui sont elles-m\u00eames dans une d\u00e9tresse immense.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Bruxelles, la crise de la drogue ne se limite plus \u00e0 des sc\u00e8nes de consommation visibles dans l\u2019espace public. Elle s\u2019accompagne aussi d\u2019une mont\u00e9e des violences li\u00e9es au narcotrafic. La R\u00e9gion a recens\u00e9 56 fusillades en 2022 et environ 101 en 2025 avec 8 morts et 43 bless\u00e9s, soit une augmentation de 80%. Toutes ne sont pas li\u00e9es \u00e0 la drogue, mais les autorit\u00e9s judiciaires identifient clairement le contr\u00f4le des points de deal comme l\u2019un des moteurs majeurs de cette violence.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_5382.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_5382-768x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15368\" srcset=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_5382-768x1025.jpeg 768w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_5382-225x300.jpeg 225w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_5382-67x90.jpeg 67w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_5382.jpeg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Rue des Plantes &#8211; \u00a9archiurbain.be<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le crack s&rsquo;est impos\u00e9.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un chiffre r\u00e9sume \u00e0 lui seul l\u2019ampleur de la crise du crack : en 2024, 74 % du public de Transit ASBL, centre bruxellois sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019accueil et l\u2019accompagnement des usagers de drogues, d\u00e9clarait avoir consomm\u00e9 cette drogue. Le crack s\u2019est donc impos\u00e9 comme une r\u00e9alit\u00e9 centrale parmi les publics les plus pr\u00e9caris\u00e9s suivis par les services sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le crack n\u2019appara\u00eet pas dans la rue par hasard. Il est une forme fumable d\u00e9riv\u00e9e de la coca\u00efne. Or, la Belgique est aujourd\u2019hui l\u2019un des grands points d\u2019entr\u00e9e de la coca\u00efne en Europe, notamment via le port d\u2019Anvers, o\u00f9 pr\u00e8s de 55 tonnes ont encore \u00e9t\u00e9 saisies en 2025.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bart De Wever, aujourd\u2019hui Premier ministre et ancien bourgmestre d\u2019Anvers, replace lui-m\u00eame cette question dans une logique internationale. En septembre 2025, lors d\u2019une visite de la secr\u00e9taire am\u00e9ricaine \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure au port d\u2019Anvers, il d\u00e9clarait que les narcotrafiquants \u201cignorent les fronti\u00e8res\u201d et appelait \u00e0 renforcer la coop\u00e9ration entre services de s\u00e9curit\u00e9 pour lutter contre la criminalit\u00e9 organis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est peut-\u00eatre cela qu\u2019il faut comprendre : la crise visible dans certains quartiers bruxellois n\u2019est que l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 locale d\u2019une cha\u00eene beaucoup plus vaste. Production de coca\u00efne en Am\u00e9rique du Sud, importation par les ports europ\u00e9ens, r\u00e9seaux de distribution, points de deal, puis sc\u00e8nes de consommation dans les quartiers les plus fragiles. Entre les deux, il y a toute une \u00e9conomie criminelle. Et au bout de la cha\u00eene, il y a des habitant\u00b7es, des commer\u00e7ant\u00b7es, des travailleurs sociaux, des policiers, des \u00e9boueurs, mais aussi des personnes d\u00e9pendantes, livr\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames dans l\u2019espace public.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Mais revenons au quartier Nord&#8230;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u00e9curiser les gares pour que les navetteurs se sentent mieux en sortant du train ne peut pas \u00eatre la seule r\u00e9ponse. Si cela consiste simplement \u00e0 repousser les personnes les plus fragiles vers les quartiers d\u00e9j\u00e0 pauvres, alors on ne r\u00e8gle rien. On le rend juste moins visible pour certain\u00b7es, et beaucoup plus lourd \u00e0 vivre pour d\u2019autres. Et surtout, Bruxelles ne s&rsquo;occupe pas de sa population.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La police ? Elle intervient, elle fait ce qu\u2019elle peut, mais elle semble elle aussi d\u00e9pass\u00e9e par l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne. Le pouvoir communal ? Il tente d\u2019occuper l\u2019espace, d\u2019organiser des pr\u00e9sences, des actions, des dispositifs. Mais d\u00e8s que cette pr\u00e9sence dispara\u00eet, les m\u00eames sc\u00e8nes reviennent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce texte est un cri. Celui d\u2019un habitant qui voit son quartier se d\u00e9grader, mais qui refuse de transformer des personnes en d\u00e9tresse en boucs \u00e9missaires. Celui d\u2019un Bruxellois qui pense qu\u2019on ne peut pas accepter que certains quartiers deviennent les zones de rel\u00e9gation de toutes les crises sociales, sanitaires et politiques de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut du soin. Il faut de l\u2019accompagnement. Il faut de la r\u00e9duction des risques. Il faut aussi de la propret\u00e9, de la s\u00e9curit\u00e9, une pr\u00e9sence humaine continue, des lieux adapt\u00e9s, des r\u00e9ponses coordonn\u00e9es. Et surtout, il faut arr\u00eater de faire comme si repousser le probl\u00e8me de quelques rues suffisait \u00e0 le r\u00e9soudre. Et je dirais, en tant que journaliste qui filme Bruxelles depuis 20 ans, il faut une v\u00e9ritable politique urbaine soutenue par tous les niveaux de gouvernance (du f\u00e9d\u00e9ral au local en passant par le r\u00e9gional).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Quartier Nord n\u2019a pas besoin d\u2019un discours simpliste, ni d&rsquo;une communication pour les cam\u00e9ras des journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s. Il a besoin d\u2019une r\u00e9ponse d&rsquo;avenir digne, ferme et humaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maintenant que le constat est pos\u00e9, la vraie question est l\u00e0 : qu\u2019est-ce qu\u2019on fait, concr\u00e8tement ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est un sujet dont je voudrais vous parler, mais je sais qu\u2019il est d\u00e9licat. Parce qu\u2019il est vite polarisant. Parce qu\u2019il touche \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 la pauvret\u00e9, \u00e0 la sant\u00e9 mentale, \u00e0 l\u2019accueil, \u00e0 la drogue, \u00e0 l\u2019espace public. Et parce qu\u2019au fond, d\u00e8s qu\u2019on en parle, chacun\u00b7e semble d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat\u00b7e \u00e0 d\u00e9gainer son explication, son camp, son coupable. 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