{"id":15068,"date":"2026-05-13T08:52:12","date_gmt":"2026-05-13T06:52:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.archiurbain.be\/?p=15068"},"modified":"2026-05-13T12:07:30","modified_gmt":"2026-05-13T10:07:30","slug":"pathe-palace-lhistoire-dun-batiment-bruxellois-aux-mille-vies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.archiurbain.be\/?p=15068","title":{"rendered":"PATH\u00c9 PALACE : l\u2019histoire d\u2019un b\u00e2timent bruxellois aux mille vies"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-block-embed-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<div class=\"jetpack-video-wrapper\"><iframe loading=\"lazy\" title=\"PATH\u00c9 PALACE, Brussels - Belgium\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/1189273844?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"720\" height=\"405\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\"><\/iframe><\/div>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 Bruxelles, certains b\u00e2timents ne se contentent pas de traverser le temps : ils l\u2019absorbent, le superposent, le rendent visible. L\u2019ancien Path\u00e9 Palace, situ\u00e9 boulevard Anspach, appartient \u00e0 cette cat\u00e9gorie rare. Derri\u00e8re sa fa\u00e7ade embl\u00e9matique se cache une histoire faite de transformations successives, de r\u00e9affectations, de blessures architecturales, mais aussi de renaissances. Un lieu qui raconte \u00e0 la fois l\u2019assainissement de la ville basse de Bruxelles, la naissance du cin\u00e9ma, l\u2019\u00e9volution des pratiques culturelles et la complexit\u00e9 de restaurer un patrimoine vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire du b\u00e2timent commence bien avant le cin\u00e9ma. \u00c0 l\u2019origine, le lieu est li\u00e9 au percement des Grands Boulevards et \u00e0 la transformation profonde de la ville basse sous l\u2019impulsion du bourgmestre Jules Anspach. Le boulevard Anspach na\u00eet d\u2019une ambition urbaine : assainir, moderniser, ouvrir Bruxelles. Dans ce nouveau paysage urbain appara\u00eet un b\u00e2timent con\u00e7u comme une forme de grand magasin ou d\u2019h\u00f4tel des ventes, dont certaines pierres datent de 1881.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est avec l\u2019arriv\u00e9e du cin\u00e9ma que le lieu entre v\u00e9ritablement dans l\u2019imaginaire collectif. En 1913, alors que les images anim\u00e9es fascinent un public qui d\u00e9couvre encore ce nouveau m\u00e9dium, Charles Path\u00e9 contribue \u00e0 introduire cette culture cin\u00e9matographique \u00e0 Bruxelles. Le Path\u00e9 Palace devient alors un grand palais d\u2019attraction. L\u2019architecte Paul Hamesse intervient sur le b\u00e2timent et lui donne une dimension spectaculaire. La salle est pens\u00e9e pour accueillir le public dans un d\u00e9cor puissant, avec notamment un vaste plafond en pl\u00e2tre, en forme de coupole, moulur\u00e9 et compos\u00e9 de caissons destin\u00e9s \u00e0 amortir le son. \u00c0 l\u2019\u00e9poque du cin\u00e9ma muet, l\u2019architecture participe d\u00e9j\u00e0 pleinement \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le b\u00e2timent ne reste cependant jamais fig\u00e9. En 1950, le cin\u00e9ma \u00e9volue. Il n\u2019est plus seulement une attraction faite de courts films et de num\u00e9ros hybrides entre music-hall et projection. Il devient un art populaire install\u00e9, avec des films longs, une exploitation plus structur\u00e9e, un grand \u00e9cran, un parterre et un balcon. Le Path\u00e9 Palace est alors transform\u00e9 pour devenir un v\u00e9ritable cin\u00e9ma moderne. Cette \u00e9tape marque une nouvelle mutation du lieu, qui s\u2019adapte \u00e0 l\u2019\u00e9volution des usages et des attentes du public.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres transformations suivront, plus brutales. Le b\u00e2timent est r\u00e9affect\u00e9, modifi\u00e9, parfois malmen\u00e9. Le magasin Bauknecht alt\u00e8re profond\u00e9ment la fa\u00e7ade (1973). Plus tard, le Kladaradatsch! (1998) occupe les lieux et y apporte \u00e0 son tour des am\u00e9nagements spectaculaires, pens\u00e9s pour faire \u00e9v\u00e9nement, mais qui contribuent aussi \u00e0 rendre l\u2019ensemble confus, charg\u00e9 d\u2019ajouts, de cloisons et de dispositifs successifs. Au fil du temps, le Path\u00e9 Palace devient un palimpseste architectural : chaque \u00e9poque y laisse une trace, parfois pr\u00e9cieuse, parfois douloureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1990, une intervention importante est men\u00e9e par l\u2019architecte Jo\u00ebl Claisse. Son travail porte notamment sur la restauration des fa\u00e7ades. Les archives \u00e9voqu\u00e9es dans le fichier montrent l\u2019ampleur des recherches men\u00e9es : photographies d\u2019origine, cahiers des charges, relev\u00e9s, plans comparant les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de transformation. On y voit l\u2019\u00e9volution de la fa\u00e7ade depuis Dumont en 1881, Hamesse en 1913, les modifications li\u00e9es au magasin Bauknecht, puis l\u2019intervention de Jo\u00ebl Claisse en 1998. Certaines coupoles sont refaites \u00e0 l\u2019identique, dans une volont\u00e9 de restituer au b\u00e2timent une part de sa pr\u00e9sence historique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019histoire du Path\u00e9 Palace prend un nouveau tournant lorsque la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise \u2014 aujourd\u2019hui F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles \u2014 s\u2019int\u00e9resse au b\u00e2timent apr\u00e8s la faillite du Kladaradatsch! (2000). \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la question du Th\u00e9\u00e2tre National est \u00e9galement au c\u0153ur des discussions. L\u2019architecte Olivier Bastin, qui assiste alors la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise dans ses n\u00e9gociations autour de la Tour Rogier, est amen\u00e9 \u00e0 envisager diff\u00e9rentes solutions pour l\u2019institution. L\u2019id\u00e9e d\u2019installer le Th\u00e9\u00e2tre National dans l\u2019ancien Path\u00e9 Palace est \u00e9voqu\u00e9e, mais elle soul\u00e8ve une difficult\u00e9 fondamentale : un cin\u00e9ma et un th\u00e9\u00e2tre ne fonctionnent pas de la m\u00eame mani\u00e8re. Au cin\u00e9ma, le public regarde un \u00e9cran ; au th\u00e9\u00e2tre, il regarde une sc\u00e8ne. Le rapport au lieu, \u00e0 la profondeur, \u00e0 la salle et au spectacle n\u2019est pas le m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, le b\u00e2timent retrouve sa vocation cin\u00e9matographique. La Communaut\u00e9 fran\u00e7aise lance un concours d\u2019architecture pour sa r\u00e9affectation. Le d\u00e9fi est consid\u00e9rable : il ne s\u2019agit pas simplement de restaurer un b\u00e2timent ancien, mais de lui redonner une lisibilit\u00e9, une fonctionnalit\u00e9 et une capacit\u00e9 d\u2019accueil dans un contexte patrimonial et urbain complexe. Alain Richard, auteur du projet de la derni\u00e8re r\u00e9affectation, aborde le lieu avec une conviction : retrouver la magie du cin\u00e9ma, tout en permettant au b\u00e2timent de fonctionner comme un espace culturel contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le programme impose notamment la cr\u00e9ation de quatre salles, condition n\u00e9cessaire \u00e0 une exploitation viable. Il faut aussi pr\u00e9voir les circulations du public, les espaces d\u2019accueil, la billetterie, la confiserie, les bars, l\u2019administration, les cabines techniques, les lieux de rencontre et les zones de travail. Le b\u00e2timent doit permettre \u00e0 plusieurs types d\u2019usagers de cohabiter : spectateurs, \u00e9quipes techniques, programmateurs, personnel administratif, visiteurs. L\u2019enjeu n\u2019est donc pas uniquement architectural, il est aussi culturel et social. Le Path\u00e9 Palace doit redevenir un lieu de circulation, d\u2019\u00e9change et de rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 un b\u00e2timent fragment\u00e9, l\u2019architecte choisit de ne pas tout reconstruire. Au contraire, l\u2019intervention repose sur une forme de retenue. Il s\u2019agit de d\u00e9gager ce qui encombre, de retirer les cloisons non porteuses, de faire entrer la lumi\u00e8re naturelle partout o\u00f9 cela est possible \u2014 sauf dans les salles, \u00e9videmment \u2014 et de rendre l\u2019espace plus compr\u00e9hensible. L\u2019id\u00e9e est de faire du vide pour r\u00e9v\u00e9ler le lieu. Avec l\u2019ing\u00e9nieur Laurent Ney, le choix est aussi de toucher le moins possible aux structures existantes, afin de pr\u00e9server ce qui tient d\u00e9j\u00e0 et d\u2019\u00e9viter d\u2019alourdir inutilement le b\u00e2timent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche r\u00e9v\u00e8le la richesse du Path\u00e9 Palace : toutes les \u00e9poques y demeurent pr\u00e9sentes. Sur la fa\u00e7ade du boulevard Anspach, on retrouve encore des \u00e9l\u00e9ments de 1881, une arche commerciale du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, l\u2019habillage de Paul Hamesse, puis les marques des interventions ult\u00e9rieures. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, certaines colonnes renvoient \u00e0 la transformation de 1950, tandis que d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments appartiennent encore \u00e0 la trame de 1913. Le b\u00e2timent n\u2019est pas ramen\u00e9 artificiellement \u00e0 un \u00e9tat suppos\u00e9 originel : il assume ses couches, ses cicatrices et ses m\u00e9tamorphoses.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des grands d\u00e9fis du projet consiste aussi \u00e0 reconnecter le b\u00e2timent \u00e0 la ville. Le Path\u00e9 Palace poss\u00e8de trois entr\u00e9es, chacune donnant sur une ambiance diff\u00e9rente : le boulevard Anspach, plus institutionnel et redevenu pi\u00e9tonnier ; la rue Van Praet, marqu\u00e9e par ses caf\u00e9s et restaurants ; et le secteur de Saint-G\u00e9ry, avec son \u00eelot et sa halle. Cette situation urbaine devient une force. Le cin\u00e9ma n\u2019est plus un objet ferm\u00e9 sur lui-m\u00eame, mais un lieu travers\u00e9 par la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>La complexit\u00e9 technique est immense. Les diff\u00e9rentes rues ne sont pas au m\u00eame niveau, les salles sont en gradins, les espaces se superposent. Alain Richard \u00e9voque 21 niveaux publics \u00e0 connecter, avec une exigence essentielle : permettre \u00e0 chacun\u00b7e, y compris aux personnes \u00e0 mobilit\u00e9 r\u00e9duite, d\u2019acc\u00e9der \u00e0 tous les espaces. \u00c0 cela s\u2019ajoutent les contraintes de s\u00e9curit\u00e9, d\u2019\u00e9vacuation et d\u2019intervention des pompiers. Restaurer le Path\u00e9 Palace, c\u2019est donc aussi r\u00e9soudre un puzzle spatial extr\u00eamement complexe.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9affectation du b\u00e2timent int\u00e8gre enfin une dimension artistique contemporaine. Le plasticien bruxellois Pierre Toby intervient notamment sur certains vitrages de la tour et sur des parties en pl\u00e2tre repeintes, gr\u00e2ce aux dispositifs de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise consacrant une part du budget \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019art. L\u00e0 encore, le b\u00e2timent ne se limite pas \u00e0 une restauration patrimoniale : il continue \u00e0 produire du pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire du Path\u00e9 Palace est donc celle d\u2019un b\u00e2timent qui n\u2019a cess\u00e9 de changer de r\u00f4le sans jamais perdre totalement son identit\u00e9. H\u00f4tel des ventes, grand magasin, palais d\u2019attraction, cin\u00e9ma, lieu transform\u00e9, ab\u00eem\u00e9, restaur\u00e9, puis r\u00e9invent\u00e9 : il incarne \u00e0 lui seul plus d\u2019un si\u00e8cle de mutations urbaines et culturelles bruxelloises. Sa derni\u00e8re r\u00e9affectation ne cherche pas \u00e0 effacer cette histoire, mais \u00e0 la rendre habitable. Elle fait du Path\u00e9 Palace non pas un monument fig\u00e9, mais un lieu vivant, capable de renouer avec la magie du cin\u00e9ma tout en assumant la complexit\u00e9 de ses vies ant\u00e9rieures.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Bruxelles, certains b\u00e2timents ne se contentent pas de traverser le temps : ils l\u2019absorbent, le superposent, le rendent visible. L\u2019ancien Path\u00e9 Palace, situ\u00e9 boulevard Anspach, appartient \u00e0 cette cat\u00e9gorie rare. Derri\u00e8re sa fa\u00e7ade embl\u00e9matique se cache une histoire faite de transformations successives, de r\u00e9affectations, de blessures architecturales, mais aussi de renaissances. 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