{"id":15039,"date":"2026-04-29T07:32:35","date_gmt":"2026-04-29T05:32:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.archiurbain.be\/?p=15039"},"modified":"2026-04-29T07:50:52","modified_gmt":"2026-04-29T05:50:52","slug":"jean-dethier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.archiurbain.be\/?p=15039","title":{"rendered":"Jean Dethier et la terre crue : aux origines d\u2019une architecture d\u2019avenir"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Jean Dethier<\/strong>&nbsp;est une figure singuli\u00e8re du paysage architectural europ\u00e9en, \u00e0 la crois\u00e9e de la pratique, de la recherche et de la transmission. Architecte, urbaniste et commissaire d\u2019exposition, il a consacr\u00e9 sa carri\u00e8re \u00e0 \u00e9largir le regard port\u00e9 sur l\u2019architecture, en la reconnectant aux cultures, aux territoires et aux savoir-faire traditionnels.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Dethier.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"563\" src=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Dethier.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15040\" srcset=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Dethier.jpeg 1000w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Dethier-300x169.jpeg 300w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Dethier-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Jean-Dethier-160x90.jpeg 160w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Form\u00e9 \u00e0 La Cambre \u00e0 Bruxelles, il entame d\u00e8s les ann\u00e9es 1960 un parcours international qui le m\u00e8ne notamment en Afrique du Nord. Au Maroc, il d\u00e9couvre l\u2019architecture vernaculaire et les techniques de construction en terre crue, qui marqueront durablement sa pens\u00e9e. Cette exp\u00e9rience de terrain fonde une conviction profonde : les r\u00e9ponses aux enjeux contemporains se trouvent souvent dans des pratiques anciennes, adapt\u00e9es aux ressources locales et aux climats.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1975, il rejoint le&nbsp;Centre Pompidou&nbsp;en tant qu\u2019architecte-conseil. Pendant pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies, il y d\u00e9veloppe une activit\u00e9 de commissaire d\u2019exposition qui contribue \u00e0 d\u00e9mocratiser la culture architecturale aupr\u00e8s d\u2019un large public. \u00c0 travers des expositions marquantes \u2014 consacr\u00e9es notamment aux gares, aux architectures du monde ou \u00e0 la construction en terre \u2014 il propose une lecture ouverte, accessible et engag\u00e9e de l\u2019architecture.<\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9ritable pionnier dans la reconnaissance de l\u2019architecture en terre, Jean Dethier en d\u00e9fend les qualit\u00e9s \u00e9cologiques, \u00e9conomiques et culturelles bien avant que ces enjeux ne s\u2019imposent dans le d\u00e9bat contemporain. Son travail participe \u00e0 repositionner ces techniques comme des solutions d\u2019avenir, capables de r\u00e9pondre aux d\u00e9fis environnementaux actuels.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Habiter-la-terre-Flammarion.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"500\" src=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Habiter-la-terre-Flammarion.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15041\" srcset=\"https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Habiter-la-terre-Flammarion.jpg 500w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Habiter-la-terre-Flammarion-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.archiurbain.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Habiter-la-terre-Flammarion-90x90.jpg 90w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Il prolonge cette r\u00e9flexion dans l\u2019ouvrage&nbsp;<em>Habiter la terre<\/em>, publi\u00e9 chez Flammarion en 2019. Dans ce livre, il parcourt l\u2019histoire de la construction en terre crue, depuis ses origines jusqu\u2019\u00e0 ses r\u00e9interpr\u00e9tations contemporaines, et met en lumi\u00e8re trois grandes figures pionni\u00e8res des architectures modernes et contemporaines en terre, illustrant la richesse et la pertinence de ces pratiques \u00e0 travers le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier,&nbsp;<strong>Fran\u00e7ois Cointeraux<\/strong>, appara\u00eet \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle comme un v\u00e9ritable visionnaire. Ma\u00e7on autodidacte, il est le premier \u00e0 th\u00e9oriser et rationaliser la construction en terre \u00e0 travers son \u00ab Nouveau pis\u00e9 \u00bb. Dans le contexte de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, il porte une ambition profond\u00e9ment sociale : rendre l\u2019architecture accessible \u00e0 tous, en proposant des m\u00e9thodes simples, \u00e9conomiques et reproductibles. Par ses nombreux \u00e9crits et son engagement p\u00e9dagogique, il diffuse largement ses id\u00e9es \u00e0 travers l\u2019Europe et au-del\u00e0, posant les bases d\u2019une modernit\u00e9 constructive fond\u00e9e sur la terre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un si\u00e8cle et demi plus tard,&nbsp;<strong>Hassan Fathy<\/strong>&nbsp;incarne une autre forme de rupture. Architecte \u00e9gyptien form\u00e9 aux standards occidentaux, il choisit pourtant de s\u2019en d\u00e9tacher pour revenir aux savoir-faire vernaculaires de son pays. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1940, il d\u00e9veloppe une architecture en terre inspir\u00e9e des techniques nubiennes, notamment les vo\u00fbtes en adobe. Son approche est \u00e0 la fois sociale, politique et \u00e9cologique : construire avec et pour les populations locales, en valorisant les ressources disponibles et les savoirs artisanaux. \u00c0 travers ses projets embl\u00e9matiques comme New Gourna, il propose une alternative radicale \u00e0 l\u2019architecture industrialis\u00e9e, inscrivant son travail dans une r\u00e9flexion plus large sur l\u2019autonomie et la dignit\u00e9 des territoires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 1970, le&nbsp;<strong>groupe CRATerre<\/strong>&nbsp;ouvre une nouvelle \u00e8re, celle de la reconnaissance scientifique et internationale de la construction en terre. Fond\u00e9 \u00e0 Grenoble, ce collectif pluridisciplinaire va structurer, \u00e9tudier et diffuser les savoirs li\u00e9s \u00e0 ce mat\u00e9riau \u00e0 une \u00e9chelle in\u00e9dite. Entre recherche, enseignement, projets pilotes et actions sur le terrain dans le monde entier, CRATerre transforme une pratique longtemps marginalis\u00e9e en un champ d\u2019innovation contemporain. Leur travail contribue \u00e0 repositionner la terre crue comme une solution cr\u00e9dible face aux d\u00e9fis \u00e9cologiques actuels, notamment dans le secteur du b\u00e2timent, fortement \u00e9metteur de CO\u2082.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Trois \u00e9poques, trois approches, mais une m\u00eame convergence : celle d\u2019une architecture qui r\u00e9concilie th\u00e9orie et pratique, tradition et modernit\u00e9, intelligence constructive et responsabilit\u00e9 environnementale. Ensemble, ces pionniers ont ouvert la voie \u00e0 une nouvelle mani\u00e8re de b\u00e2tir \u2014 plus sobre, plus locale, et profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans les enjeux du XXIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la th\u00e9orie au terrain<\/h2>\n\n\n\n<p>Ces trois trajectoires, bien que distinctes, partagent une m\u00eame intuition : celle que la terre crue n\u2019est pas un vestige du pass\u00e9, mais une ressource d\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une id\u00e9e que le journaliste-r\u00e9alisateur <strong>Mister Emma<\/strong> a pu \u00e9prouver concr\u00e8tement en novembre 2023, en suivant Jean Dethier \u00e0 Lyon lors d\u2019une semaine d\u2019\u00e9tude consacr\u00e9e au renouveau de la construction en terre crue.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux c\u00f4t\u00e9s des \u00e9tudiants de l\u2019<strong>ETH Z\u00fcrich<\/strong>\u00a0et sous la direction du professeur et architecte\u00a0<strong>Roger Boltshauser<\/strong>, ce voyage a permis de relier la th\u00e9orie \u00e0 la pratique, l\u2019histoire aux enjeux contemporains.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des rencontres, une \u00e9vidence s\u2019impose : la terre est partout. Dans les murs, dans les sols, dans les savoir-faire\u2026 mais surtout dans les r\u00e9flexions d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019acteur\u00b7rices engag\u00e9\u00b7es.<\/p>\n\n\n\n<p>Architectes, chercheur\u00b7reuses, ing\u00e9nieur\u00b7es, artisan\u00b7es : tous\u00b7tes participent aujourd\u2019hui \u00e0 ce renouveau. Tous\u00b7tes prolongent, \u00e0 leur mani\u00e8re, l\u2019h\u00e9ritage des pionniers.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des rencontres, Emma a donn\u00e9 la parole \u00e0 celles et ceux qui font vivre cette discipline aujourd\u2019hui : <strong>Emmanuel Mille<\/strong> (CRAterre), <strong>Zo\u00e9 Tric<\/strong> (am\u00e0co), <strong>Felix Hilgert <\/strong>(LEHMAG), ou encore <strong>Cl\u00e9ment Verg\u00e9ly<\/strong> et <strong>Nicolas Meunier<\/strong>, qui incarnent chacun\u00b7e \u00e0 leur mani\u00e8re cette alliance entre tradition et innovation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le reportage que Mister Emma  a r\u00e9alis\u00e9 au cours de cette semaine propose une immersion au c\u0153ur de cette dynamique.<br>Une plong\u00e9e de 37 minutes dans un \u00e9cosyst\u00e8me o\u00f9 la terre redevient un mat\u00e9riau d\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-vimeo wp-block-embed-vimeo wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<div class=\"jetpack-video-wrapper\"><iframe loading=\"lazy\" title=\"The renewal of raw earth architecture\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/899537653?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"720\" height=\"405\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\"><\/iframe><\/div>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean Dethier&nbsp;est une figure singuli\u00e8re du paysage architectural europ\u00e9en, \u00e0 la crois\u00e9e de la pratique, de la recherche et de la transmission. 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